La décision du gouvernement fédéral suisse porte précisément sur le déploiement progressif d'ici fin 2027 d'une solution bureautique open source alternative sur 3000 postes de travail, parallèlement à l'environnement Microsoft 365 existant. L’objectif final est de se défaire de la dépendance à Microsoft. L’initiative allonge ainsi la liste des tentatives d’affranchissement des solutions Microsoft. Validée au début de septembre 2026 par le Conseil fédéral à la suite d'une étude de faisabilité positive nommée PoC BOSS, cette mesure cible en priorité les fonctionnaires gérant des dossiers hautement sensibles ou essentiels à l'activité de l'État (comme la Chancellerie fédérale ou les ministères). Le projet, doté d'un budget initial de 9 millions de francs suisses, s'appuie sur la suite libre openDesk (développée sous l'égide du centre allemand pour la souveraineté numérique, le ZenDiS)
Les raisons stratégiques et techniques de la décisionSwitzerland's great migration away from US Tech begins. 🎉🇨🇭
— Tuta (@TutaPrivacy) September 7, 2026
The Swiss Federal Government has launched its pilot program aiming to replace MS 365 on 3,000 workstations with openDesk, a German open source alternative.
The Swiss are taking a step in the right direction, to… pic.twitter.com/ue8tKDJVS1
Le passage de 7 % des effectifs fédéraux à openDesk (qui intègre notamment Nextcloud pour les fichiers, Open-Xchange pour les courriels et Jitsi pour la visioconférence) répond à des impératifs techniques précis :
- Le contrôle local de l’infrastructure et la fin du « tout cloud » imposé par Microsoft 365 : Microsoft impose désormais de manière stricte le transit et le stockage des données via son infrastructure cloud publique (M365). La suite libre permet à l'administration fédérale de déployer les logiciels au sein de ses propres centres de données. L'État conserve ainsi la maîtrise totale de l'architecture matérielle et logicielle.
- L’immunité face aux lois extraterritoriales (CLOUD Act) : Soumises au droit américain, les entreprises comme Microsoft ont l'obligation légale, via le US CLOUD Act, de fournir des données aux autorités américaines sur simple requête, même si les serveurs physiques se situent sur le territoire suisse ou européen. En basculant sur du code ouvert et souverain, la Suisse élimine la présence d'intermédiaires juridiquement contraints par des puissances étrangères, sanctuarisant les secrets d'État et les délibérations du Conseil fédéral.
- L’exigence de transparence et d’interopérabilité : Contrairement aux logiciels propriétaires dont le code est opaque, le code source d'openDesk est public. Les ingénieurs de l'État et le Commandement Cyber de l'armée suisse (qui migre aussi vers cette solution d'ici octobre 2026) peuvent analyser chaque ligne de code pour y traquer les failles ou d'éventuelles portes dérobées (backdoors). L'utilisation d'interfaces ouvertes évite le verrouillage technologique (vendor lock-in) et garantit que les données restent lisibles et migrables vers n'importe quel autre système à l'avenir
- La création d’une solution d’urgence redondante : L'étude de faisabilité a démontré que cette architecture web (accessible par navigateur) offre une solution de repli opérationnelle et autonome en cas de panne globale majeure, d'attaque informatique ciblée ou de blocage géopolitique affectant les services cloud de Microsoft.
Le gouvernement fédéral suisse rejoint l’Europe dans le mouvement d’affranchissement de la dépendance technologique à WindowsSwitzerland's Cyber Command is fully dropping Microsoft 365.
— Ayaan 🐧 (@twtayaan) September 7, 2026
They're switching to openDesk instead
Every employee is expected to be onboarded by October
The wider government is testing the same move. 3,000 employees, by 2027.
The reason isn't ideology.
Foreign access risk.… pic.twitter.com/T4gjYqD8sq
En France, la DINUM travaille également sur des distributions Linux destinées aux administrations. En Allemagne, les initiatives de mise à l’écart de Windows pour Linux et de Microsoft Office pour LibreOffice se multiplient. Le pays a aussi interdit les formats Microsoft Office dans les documents administratifs au profit des normes ouvertes ODF et PDF/UA.
Ce qu’on ne souligne pas souvent avec emphase est que ces initiatives ont des aspects techniques négatifs et se heurtent à des défis en matière de migration
Bien que la décision soit saluée pour ses vertus stratégiques, elle comporte d'importants risques et obstacles techniques :
- L’absence d’équivalence fonctionnelle totale : La Chancellerie fédérale reconnaît qu'il n'existe actuellement aucune alternative open source capable de « remplacer simplement et complètement les solutions Microsoft en place au sein de l'architecture informatique globale. »
- La complexité de l’interopérabilité : L'administration suisse a achevé fin 2025 le déploiement de Microsoft 365 sur 54 000 postes. Faire cohabiter un îlot de 3 000 utilisateurs sous openDesk avec 51 000 utilisateurs restés sous Microsoft pose d'immenses défis de compatibilité (formats de documents complexes, partages de calendriers inter-services, synchronisation des annuaires).
- La perte des automatismes utilisateurs : Les outils Microsoft (Word, Excel, Teams) sont ancrés dans le quotidien des agents. Les interfaces d'openDesk, bien que modernes, requièrent un effort de formation important sous peine de voir chuter la productivité de l'administration.
- La maintenance et le support technique à assurer : Migrer vers l'open source implique de contracter avec des prestataires locaux (potentiellement des entreprises helvétiques) capables de garantir un support technique de niveau entreprise (SLA) aussi réactif que celui d'une multinationale. Le manque initial de compétences internes sur ces nouveaux outils peut ralentir la résolution des incidents technologiques.
C’est pour des raisons similaires que le projet LiMux lancé de la même façon par la ville de Munich en 2013 s’est soldé par un rétropédalage vers WindowsDie Bundesverwaltung ist stark von Microsoft abhängig. Nun wird andere Software getestet. Daniel Markwalder, Delegierter des Bundesrats für die digitale Transformation, erklärt die Strategie.https://t.co/uZjpxqfXO8
— SRF News (@srfnews) September 6, 2026
Au début des années 2000, alors que Windows NT 4.0 était sur le point d'atteindre sa fin de vie, des administrations publiques (villes et autres organisations gouvernementales) ont commencé à étudier la possibilité de passer à Linux et abandonner les logiciels et systèmes propriétaires. L'une de ces administrations était la ville de Munich. Elle a décidé de lancer LiMux, son projet pour passer à Linux, en dépit d'une tentative de dissuasion de Steve Ballmer, en 2003. Après avoir bravé de nombreux obstacles, en 2013, 15 000 ordinateurs ont migré vers LiMux, un pas qui faisait de la ville un pionnier de l’open source. L’initiative avait fini par se solder par un rétropédalage de Linux à Windows 10.
« Je pense que pour le moment le public est un public d'ingénieurs. La légère difficulté ici est que les ingénieurs aiment changer les choses, ils ont aussi des opinions et ils ne veulent pas la même chose que tout le monde. Cela n'aide donc pas beaucoup. J'ai appris cette leçon aux jours d'Unity. Je pensais que nous faisions un très beau travail, mais les gens n'aimaient pas que cela leur soit imposé. Alors, je me suis dit : supportons l’environnement Gnome, supportons l’environnement KDE, supportons l’environnement Mate. Cela donne aux développeurs la liberté de choisir toutes ces choses », explique le fondateur et PDG de Canonical. Sa sortie est une explication à la fragmentation de l’écosystème Linux pointée du doigt par Linus Torvalds lui-même comme une des raisons majeures de l’échec de Linux face à Windows dans la filière des ordinateurs de bureau.
Source : Communiqué de la Chancellerie fédérale suisse
Et vous ?
Que pensez-vous de cette multiplication d’initiatives d’affranchissement des solutions logicielles Microsoft à l’échelle mondiale ? Est-ce le début de la fin pour Windows et autres Microsoft 365 comme annoncé par certains observateurs ?
Pourquoi arrivent-ils dans certains que ces initiatives d’abandon des solutions logicielles Microsoft et de passage à des solutions open source se soldent par des rétropédalages ?Voir aussi :
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